ALCPJ : Un Pilier Méconnu de l’Émancipation Martiniquaise

Dans l’histoire des luttes pour l’émancipation en Martinique, certains noms résonnent plus fort que d’autres. Le mouvement ALCPJ (An Lòt Chimen Pou la Jénès – « Un autre chemin pour la jeunesse ») mérite d’être pleinement reconnu pour son rôle fondamental. Fondé en 1979, l’ALCPJ n’était pas qu’une simple organisation de jeunesse ; c’était un véritable creuset où se forgeait la conscience d’un peuple, un laboratoire d’idées et d’actions pour une Martinique décolonisée et maîtresse de son destin. L’ALCPJ est un mouvement de jeunesse martiniquais qui a joué un rôle significatif dans le paysage politique et social de la Martinique, en promouvant l’identité culturelle, la conscientisation populaire et la lutte pour l’émancipation nationale face au colonialisme.

Issu des mouvements étudiants militants, l’ALCPJ s’est inscrit dès ses débuts dans une démarche de conscientisation populaire. Ses fondateurs, nourris d’idéaux divers allant du maoïsme au catholicisme social, avaient une vision claire : réveiller les consciences, valoriser l’identité culturelle martiniquaise et mobiliser la jeunesse face aux défis du colonialisme. C’est ainsi que le tambour bèlè, la danse traditionnelle, la littérature locale sont devenus des outils de résistance et de fierté, bien plus que de simples expressions artistiques. L’ALCPJ a compris avant beaucoup que la libération passe aussi par la réappropriation de son héritage culturel.

Le mouvement n’a jamais limité son action à la théorie. Il a été de toutes les luttes, sur tous les fronts. De la solidarité internationaliste avec les peuples opprimés à l’information des émigrés martiniquais sur la situation de leur pays, l’ALCPJ était omniprésent. Ses militants ont activement participé à la grève des ouvriers de la canne en 1982, luttant aux côtés des paysans pour leurs droits. Ils ont combattu le chômage, dénoncé l’émigration forcée et œuvré à la formation et à l’entraide communautaire.

L’ALCPJ a été déterminant dans le rassemblement des forces vives de la Martinique. En tant qu’acteur clé du mouvement Asé Pléré Annou Lité (APAL), il a contribué de manière significative à la création du Conseil National des Comités Populaires (CNCP) en 1983. Cette fédération d’organisations, incluant le Parti des Travailleurs de Martinique (PTM) et l’Union Générale des Travailleurs de Martinique (UGTM), témoignait de la capacité de l’ALCPJ à catalyser les énergies et à construire des ponts entre différentes composantes du mouvement nationaliste. Certains de ses fondateurs ont ensuite été impliqués dans la création du PALIMA (Parti pour la Libération de la Martinique) en 1999.

L’ALCPJ en quelques points :

  • Lutte Anti-colonialiste et Nationaliste : L’ALCPJ est fortement engagée dans la lutte anticolonialiste et pour l’émancipation de la Martinique. Ses militants dénoncent le colonialisme français et participent à la mobilisation pour la reconnaissance d’une nation et d’un peuple martiniquais. En 1988, par exemple, le mouvement a envisagé de présenter symboliquement une candidature aux élections présidentielles françaises pour dénoncer le colonialisme et populariser leurs revendications.
  • Activités et Actions : L’ALCPJ mène diverses activités, notamment :
    • a – Solidarité internationaliste : Soutien aux luttes similaires dans d’autres pays.
    • b – Information et sensibilisation : Organisation de rencontres avec des responsables locaux pour informer les émigrés martiniquais sur les événements dans leur pays.
    • c – Actions sociales et de résistance : Entraide, formation, mobilisation en faveur des paysans (par exemple, la grève des ouvriers de la canne en 1982), lutte contre le chômage et l’émigration.
    • d – Activités culturelles et sportives : Pour défendre la culture nationale (soirées bèlè, productions littéraires) et renforcer les liens sociaux (football, handball, marches).
    • e – Éducation : Organisation de groupes de travail scolaire, stages de formation, cours et camps de vacances.

Aujourd’hui, alors que les débats sur l’avenir institutionnel de la Martinique se poursuivent, il est essentiel de se souvenir du rôle pionnier de l’ALCPJ. Ce mouvement a jeté les bases d’une conscience nationale forte et résiliente, rappelant que l’émancipation ne se décrète pas, elle se construit par l’engagement quotidien, la valorisation de sa culture et la solidarité populaire. L’héritage de l’ALCPJ est une source d’inspiration pour les générations actuelles et futures, un appel constant à ne jamais cesser de tracer « un autre chemin » pour la jeunesse et pour la Martinique.

Kamal VALCIN & Alizée BALTUS – Citoyens engagés.
Soyons UTILES pour notre pays