
Notre pays, la Martinique, traverse une crise profonde. La violence y gangrène nos rues, nos foyers et l’esprit de notre jeunesse. Face à ce constat dramatique, les regards se tournent légitimement vers les défaillances institutionnelles, le chômage ou le manque de perspectives. Pourtant, il est une complicité silencieuse, mais omniprésente, que nous ne pouvons plus ignorer : celle d’une grande partie de nos médias et de nos stations de radio de la bande FM.
Quotidiennement, l’espace public sonore est saturé de productions musicales qui ne construisent rien, mais déconstruisent tout.
Mais quand est-il de la complaisance médiatique ? Il fut un temps où la musique en Martinique était le ciment de notre conscience collective, un espace de résilience où la société se retrouvait autour d’une identité partagée, d’une dignité conquise. Aujourd’hui, les programmations s’essoufflent à mettre en avant des rythmes et des textes qui véhiculent la haine, la violence gratuite, l’hypersexualisation et le rejet de l’autre. Tout ceci financer par nos impôts.
Sous prétexte de modernité, d’audience ou de « liberté artistique », nos radios se font les caisses de résonance d’une culture du vide et de l’agressivité. Quel message envoyons-nous à un jeune de treize ou dix-sept ans lorsque, du matin au soir, les ondes banalisent l’usage des armes, la réification des corps et le mépris de l’autorité morale ?
Ce n’est plus de l’animation culturelle, c’est une entreprise de déculturation de masse.
Le plus tragique dans cette dérive est le double mouvement d’exclusion qu’elle engendre. C’est un effacement de notre patrimoine au profit du vide international.
D’un côté, il y a l’importation de la décadence. Les antennes déroulent le tapis rouge à des artistes internationaux dont le seul mérite est d’engranger des millions de vues en glorifiant les travers les plus sombres des sociétés matérialistes.
De l’autre côté, dans le même temps, un silence imposé à nos passeurs de mémoire. Nos artistes locaux, ceux qui portent un message traditionnel de « vivre-ensemble », de respect, de solidarité et de transmission, sont relégués aux heures de faible écoute ou ignorés par les playlists dominantes.
Nos musiques traditionnelles et nos rythmes patrimoniaux ne sont pas de simples reliques folkloriques. Ils portent en eux les valeurs fondamentales de notre pays : la dignité, la force collective, l’ancrage spirituel et le respect de l’autre. En étouffant ces voix au profit du vacarme de la violence importée, les programmateurs radio se rendent complices de la perte de repères qui nourrit la criminalité insulaire.
« Une société qui abandonne ses valeurs culturelles au profit de la violence industrielle est une société qui programme son propre déclin. »
J’en appelle aujourd’hui à un sursaut éthique. Il ne s’agit pas de prôner la censure, mais d’exiger la responsabilité. Les fréquences radio sont un bien public. Elles imposent des devoirs envers la communauté qui les accueille et les fait vivre.
Je lance un appel solennel à nos directeurs d’antenne et programmateurs musicaux afin d’opérer un virage éthique immédiat, en instaurant des quotas stricts valorisant les musiques à texte constructif, le patrimoine local et les messages de paix.
A nos artistes locaux de refuser le mimétisme de la facilité et de réinvestir le champ de la conscience citoyenne et de la fierté identitaire.
Et à notre cher public et les auditeurs, à boycotter la diffusion du poison sonore qui détruit nos enfants et à exiger le retour de la dignité sur nos ondes.
La Martinique ne se reconstruira pas sans une réappropriation de son imaginaire. Il est temps de couper le son de la décadence pour réentendre le rythme de notre dignité et de notre vivre-ensemble.
VALCIN Kamal – citoyen engagé – fondateur du parti UTILES Martinique