
Une addition salée pour un peuple déjà asphyxié
Le verdict financier est tombé, et les chiffres sont aussi implacables qu’inquiétants : la dette de la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) franchit des seuils critiques. Mais au-delà de l’arithmétique comptable et des arguties technocratiques, traduisons ce montant dans la réalité quotidienne des Martiniquais.
Rapportée aux 350 000 habitants de notre territoire, cette dette représente une charge d’environ 2 800 à 3 000 euros par habitant. Pour un foyer composé de deux adultes et deux enfants, c’est une ardoise invisible mais bien réelle de plus de 11 000 euros qui pèse désormais au-dessus de leur tête.
À qui demande-t-on de porter ce fardeau ?
- À une jeunesse frappée par un taux de chômage structurel massif, trop souvent contrainte à l’exil faute de perspectives sur sa propre terre.
- À nos aînés, dont les petites retraites ne permettent plus de faire face à l’inflation galopante.
- À une population active prise en étau par une vie chère étouffante et un pouvoir d’achat en berne.
Imposer une telle dérive budgétaire à une population déjà fragilisée relève de l’aveuglement social et politique.
Je pointe la double faillite : l’irresponsabilité de la majorité, la désertion de l’opposition
Face à cette situation, l’analyse doit porter sur l’ensemble de l’échiquier politique.
D’un côté, nous avons une majorité territoriale dont l’irresponsabilité de gestion est aujourd’hui avérée. Laisser filer les équilibres financiers et sacrifier les marges de manœuvre d’investissement d’une collectivité majeure, c’est mettre en péril la capacité du pays à préparer son avenir.
Mais une question tout aussi fondamentale doit être posée : où était l’opposition ?
Dans une démocratie représentative saine, le rôle d’une opposition ne consiste pas à faire de la figuration lors des séances plénières ou à se contenter de joutes verbales de circonstance. Son devoir constitutionnel et moral est de contrôler l’exécutif, d’éplucher les comptes, d’exercer un droit d’alerte permanent et d’informer la population. Comment se fait-il qu’aucun signal d’alarme n’ait été tiré plus tôt ? Pourquoi ce silence prolongé ?
Quand la majorité gère sans cap budgétaire et que l’opposition manque à son devoir de contrôle, c’est l’ensemble de la classe politique traditionnelle qui faillit à sa mission de transparence envers les citoyens.
Il faut aussi en finir avec le « responsable mais pas coupable »
Cette situation met en lumière une dérive profonde de la vie politique française et locale : la doctrine surannée du « responsable mais pas coupable ».
Est-il concevable, au XXIᵉ siècle, qu’un dirigeant politique puisse engager financièrement un territoire, laisser des dettes abyssales, puis simplement quitter ses fonctions, partir à la retraite ou choisir de ne pas se représenter sans jamais avoir à répondre concrètement des conséquences de ses choix ?
Il est temps d’engager une rupture. La responsabilité politique ne peut plus être un vain mot. Être élu, ce n’est pas seulement jouir de prérogatives et porter un statut : c’est assumer la redevabilité directe de sa gestion devant les citoyens et devant les instances de contrôle. L’impunité décisionnelle doit cesser.
Trente ans de dette : la jeunesse martiniquaise n’est pas une variable d’ajustement
La question essentielle que nous devons tous nous poser est la suivante : qui va payer la facture ?
Sommes-nous prêts à accepter, par résignation ou par passivité, que le remboursement de cette dette s’étale sur vingt ou trente ans, transférant ainsi la charge sur les épaules de nos enfants et de nos petits-enfants ?
Pour ma part, c’est inconcevable. On ne construit pas le développement d’un pays en hypothéquant l’avenir de ses générations futures.
Il est urgent de rompre avec ces practices, d’exiger une transparence totale sur les comptes publics et d’instaurer une rigueur de gestion au service exclusif de l’intérêt général. La Martinique ne manque pas de talents ni de ressources, elle manque d’une gouvernance responsable et d’une opposition vigilante. Il est temps de changer de cap.
VALCIN Kamal