
La récente annonce du Président de la République concernant l’instauration d’un nouveau « Service National » volontaire, bien que parée des vertus du civisme et du renforcement de la cohésion, soulève une inquiétude profonde et légitime. Derrière les discours mobilisateurs sur la résilience nationale et l’engagement de la jeunesse, se dessine la silhouette troublante d’une militarisation rampante de notre société, et, pire, l’éventualité que l’on prépare nos enfants à être de la chair à canon d’aventures géopolitiques qui nous dépassent.
L’Aberration d’une Jeunesse Sacrifiée
Alors que le chef de l’État se défend d’envoyer les jeunes Français au combat, notamment en Ukraine, le contexte même de cette déclaration est un aveu. Pourquoi insister autant sur le caractère volontaire et national (sur le territoire uniquement) si le risque d’escalade n’était pas une préoccupation majeure ?
Examinons deux notions ensemble :
- Le Mythe du Volontariat : Dans un contexte de tensions internationales accrues, de budgets de la Défense en hausse et d’un discours politique de plus en plus martial, le « volontariat » sonne comme un paravent fragile. Il y a une pression morale et sociale implicite à s’engager, en particulier pour les jeunes en quête de sens, d’insertion professionnelle ou de reconnaissance. Le service national, même volontaire, risque de devenir une voie de recrutement détournée pour combler les besoins en effectifs, loin des objectifs initiaux de « cohésion » et de « formation ».
- La Préparation au Pire : L’accent mis sur la « capacité de résistance de notre nation » et la « consolidation de la formation… en cas de crise » n’est pas anodin. C’est la préparation psychologique et technique d’une génération entière à l’idée que la guerre, jusqu’alors un lointain souvenir européen, est redevenue une perspective tangible. Faut-il réellement former des dizaines de milliers de jeunes, même sur notre territoire, uniquement pour « renforcer le pacte armée-nation » ou est-ce, cyniquement, pour disposer d’un réservoir d’hommes et de femmes formés aux rudiments du combat si l’impensable se produisait ?
Mais un autre aspect me semble personnellement plus cynique, ce de La Cicatrice Démographique…
Le Refus d’Hypothéquer l’Avenir
Au-delà de l’horreur humaine et éthique, le sacrifice de la jeunesse est une folie démographique aux conséquences irrémédiables. L’Histoire, notamment celle de la Première Guerre mondiale, nous a enseigné le prix exorbitant payé par la France : des centaines de milliers de jeunes hommes, le cœur d’une génération, fauchés avant d’avoir pu fonder une famille. Le déficit brutal de ces forces vives ne se résume pas aux seules pertes sur le champ de bataille ; il engendre un déficit de naissances qui se prolonge sur plusieurs décennies, créant des « trous » dans la pyramide des âges. Aujourd’hui, dans un pays qui fait déjà face à un vieillissement accéléré et à des défis structurels pour financer ses retraites et dynamiser son économie, mettre en danger le cœur de sa population active et féconde est un pari suicidaire. L’envoi de nos enfants, même indirectement préparés, à la ligne de front hypothétique d’un conflit signifierait une amputation définitive de notre capital humain et le report de nos problèmes démographiques actuels à une échelle cataclysmique. Nous refusons de signer ce chèque en blanc sur l’avenir de la nation.
Il est temps pour nous d’imposer notre vision de la France, de l’Europe. La Vraie Résilience n’est pas dans le Treillis
La véritable résilience d’une nation en 2025 ne réside pas dans sa capacité à aligner des conscrits, mais dans la force de ses institutions sociales, éducatives et écologiques.
- Détournement de Fonds Publics : Le coût pharaonique de ce nouveau service (évalué à plusieurs milliards d’euros à terme) pourrait être investi dans des priorités bien plus urgentes pour la jeunesse : lutter contre la précarité étudiante, financer l’éducation, soutenir l’emploi, ou accélérer la transition écologique. 2 milliards d’euros pour militariser la jeunesse est une dépense absurde quand l’avenir même de cette jeunesse est menacé par le changement climatique et les inégalités sociales.
- L’Endoctrinement contre l’Émancipation : L’armée a sa mission, la jeunesse a la sienne. L’école, l’université, les associations, le service civique classique… sont les lieux de l’émancipation critique. L’uniforme et l’autorité militaire, même pour dix mois, sont des outils de conformisme et d’obéissance, à l’opposé de l’esprit d’innovation et de liberté dont notre société a besoin pour se réinventer face aux défis contemporains.
Le Président de la République, en brandissant l’étendard d’un service national réinventé, tente d’insuffler une ferveur patriotique sur fond d’anxiété géopolitique. Mais il nous appartient de refuser cette vision. Nous ne voulons pas d’une jeunesse entraînée pour l’hypothèse d’un conflit armé. Nous voulons une jeunesse formée pour construire la paix, pour réparer la planète et pour bâtir une société plus juste.
Nos enfants ne sont pas une variable d’ajustement dans une stratégie militaire. Ils sont l’avenir, et cet avenir ne doit pas sentir la poudre, mais le terreau fertile d’une démocratie renouvelée et pacifique.
Kamal VALCIN – Citoyens engagés.
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