
À nos Grands Leaders de l’Afrique et de la Caraïbe, à nos Peuples Fiers de nos Continents et Archipels, le temps des ambiguïtés est révolu. Des rives de Dakar aux plages de Port-au-Prince, un cri d’une clarté retentissante s’élève : celui de notre souveraineté pleine et entière. Nous sommes unis par une histoire de résilience et par une aspiration commune, celle de tracer notre propre chemin sans les ombres persistantes des ingérences passées et présentes. Il est temps pour nous de montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille dans la liberté, et nous ferons de nos royaumes le centre de rayonnement de la terre tout entière[1].
C’est avec force que j’affirme ici que la légitimité d’un dirigeant est une affaire strictement interne. Elle se mesure par l’écho de sa voix auprès de son peuple, et par sa capacité à répondre aux besoins de développement et de justice sociale, et non par le satisfecit des chancelleries occidentales.
Et je crois que nous, peuple, nous devons conquérir la légitimité de nos leaders. Nous devons exiger, imposer aux impériaux occidentaux le respect de nos leaders. À l’Occident, nous disons maintenant : Laissez nos leaders en paix. Cessez les pressions diplomatiques, les manipulations médiatiques et les jugements moraux unilatéraux visant à déstabiliser ou à imposer vos propres choix. L’ère où vous désigniez les bons et les mauvais élèves, les amis et les ennemis, au sein de nos gouvernances est définitivement révolue. Nous préférons l’autonomie dans le danger à la servitude dans la tranquillité[2].
Car le principe de l’autodétermination, le droit sacré à l’Autodétermination des Peuples est un pilier du droit international. Mais pour nous, il est bien plus : c’est la boussole de notre dignité. L’Afrique et la Caraïbe ne sont pas des terres à modeler ou des marchés à exploiter selon les intérêts étrangers.
Pour nous, peuples des Caraïbes, l’autodétermination prend un sens particulièrement aigu. Le concept MMG (Make Martinique Great), et toutes les initiatives similaires dans nos îles sœurs, est la preuve que notre aspiration à l’excellence et à la pleine maîtrise de notre destin ne peut plus être ignorée ou entravée. Nous voulons bâtir des nations insulaires fortes, connectées et autonomes, capables de rayonner sur la scène mondiale.« La Patrie, c’est l’Humanité…,[3] » et l’autonomie locale sert une cause universelle.
Nos peuples sont les seules habilités à choisir le modèle de société qu’ils désirent. Ce choix inclut le droit d’adopter des partenaires géopolitiques variés et de définir nos propres priorités, sans qu’un chantage à l’aide ou à la coopération ne plane au-dessus de nos têtes. Car « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir[4]. » En ce qui nous concerne, notre mission est claire : la remplir.
Face à l’ingérence moderne trop souvent travestie sous la forme d’un contrôle financier et économique, nous devons dès maintenant nous dresser ensemble, afin de refuser les chaînes Économiques et Monétaires. C’est par ces lignes que je dénonce avec virulence l’utilisation du financement international, de la dette et des systèmes monétaires hérités de la colonisation comme outils de domination pour brider nos choix politiques.
Il est temps que nous exigeons le respect de nos choix monétaires et la fin de la tutelle qui empêche nos nations d’utiliser leurs propres richesses pour leur propre développement. Il est temps pour nous de mettre fin au pillage de nos ressources naturelles par des mécanismes d’exploitation inéquitables déguisés en contrats légaux.
Notre force réside dans notre capacité à parler d’une seule voix. La division est l’outil le plus efficace de la domination extérieure. Notre unité est la seule Garantie Contre la Néo-Colonialité. Les temps sont venus pour nos leaders de renforcer les institutions régionales, d’intensifier le commerce Afrique-Caraïbe, et de développer des mécanismes de solidarité qui rendent nos nations collectivement inébranlables. « La décolonisation est une affaire de cœur, d’esprit et de volonté. Mais elle doit être aussi une affaire de rigueur et de méthode[5]« . En vérité, en vérité je vous le dis, la véritable indépendance ne fait qu’un avec la liberté économique. Car « Sans indépendance économique, l’indépendance politique est un mirage[6]« .
Mais au-delà de tout, nous devons œuvrer ensemble pour l’achèvement de la Décolonisation Mentale. L’autodétermination passe par une révolution culturelle et éducative. La libération de nos peuples ne sera totale que lorsque nous aurons purgé nos esprits des complexes et des schémas de pensée hérités de la colonisation. « L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répond seul de son malheur si une illusion de liberté le berne[7]« . Nous devons valoriser nos langues, notre histoire et nos propres experts pour construire des solutions adaptées à nos réalités.
Alors à vous peuple des royaumes d’Afrique, ensemencé sur la surface de notre terre, c’est à vous les miens que je m’adresse. L’Occident doit accepter nos leaders, car c’est à nous de les sanctionner ou de les célébrer. Mais, au-delà de tout, l’Occident doit respecter nos peuples autodéterminés, car c’est notre droit et notre responsabilité historique.
Que ce cri résonne comme le début d’une nouvelle ère : celle de la souveraineté retrouvée et de la dignité absolue. C’est l’heure de la fierté et du courage.
[1] Patrice Lumumba
[2] Kwame Nkrumah
[3] Fidel Castro
[4] Frantz Fanon
[5] Aimé Césaire
[6] Julius Nyerere
[7] Thomas Sankara