
Le refus récent de la France de signer la résolution de l’ONU reconnaissant la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité n’est pas une surprise. Pour beaucoup, c’est une énième occasion de s’indigner, de dénoncer le « double discours » ou de réclamer une repentance qui ne vient jamais. Mais l’indignation est une perte de temps. Il ne s’agit plus de fustiger une position diplomatique, mais de constater une réalité historique : la France n’est plus notre centre de gravité.
L’hypocrisie comme héritage
La France aime se draper dans l’habit de la « Patrie des Droits de l’Homme », mais elle semble souffrir d’une amnésie sélective dès que ces droits concernent son propre passif colonial. En refusant de s’associer à une reconnaissance internationale pleine et entière de l’esclavage comme crime contre l’humanité, Paris choisit le confort juridique et la protection de ses intérêts narcissiques plutôt que la vérité historique.
Cette posture révèle une hypocrisie structurelle : on donne des leçons de morale au monde entier sur la démocratie et la dignité, tout en chipotant sur la sémantique d’un génocide transatlantique qui a bâti sa propre prospérité. Mais au fond, est-ce vraiment étonnant ?
Le mythe de l’indispensable
Le véritable enseignement de cet épisode ne réside pas dans le vote français, mais dans le vote de tous les autres. Le monde bouge, les alliances se redéfinissent, et le Sud Global — de l’Afrique à l’Amérique latine en passant par l’Asie — apprend à parler d’une seule voix, sans attendre le « quai d’Orsay » pour valider sa pensée.
- La souveraineté décisionnelle : Nous n’avons plus besoin de l’aval de Paris pour définir nos traumatismes, ni pour tracer nos trajectoires économiques et politiques.
- La fin de l’eurocentrisme : Le centre du monde s’est déplacé. Les décisions cruciales sur le climat, la finance mondiale et la mémoire se prennent désormais dans des forums où la voix de la France n’est qu’une parmi d’autres, et souvent, une voix qui résonne dans le vide.
Tracer notre propre route
S’obstiner à attendre une reconnaissance de la part de l’ancien colonisateur, c’est entretenir un lien de dépendance psychologique. La maturité politique consiste à prendre acte que nos intérêts et nos visions du monde divergent.
« L’indépendance ne se donne pas, elle se prend. La reconnaissance de notre histoire ne se quémande pas à Paris, elle s’écrit à Dakar, à Fort-de-France, à Port-au-Prince et à Genève. »
La France a choisi de rester sur le banc de touche de l’histoire mémorielle ? Soit. C’est son droit de s’isoler. Pendant ce temps, le reste du monde avance. Nous devons investir nos énergies non pas dans la critique d’une France déclinante et frileuse, mais dans la construction de nos propres institutions, de nos propres récits et de nos propres alliances.
Le temps où Paris était le diapason du monde est révolu. Les décisions se prennent sans elle, et c’est très bien ainsi.
VALCIN Kamal – citoyen engagé – fondateur du parti UTILES Martinique